Argan, riche bourgeois, se croit malade. Veuf, il s’est remarié avec Béline qui simule des soins attentifs, mais n’attend en réalité que la mort de son mari pour pouvoir hériter. Le « héros » de la pièce est entouré de médecins et s’invente toutes sortes de maladies. Béralde, son frère, tente de lui parler de ses maladies imaginaires et lui conseille de se méfier des médecins. C’est finalement Toinette, la domestique, qui se déguise en médecin pour duper son maître.
TOINETTE, en médecin, ARGAN, BERALDE
[…]
TOINETTE : Donnez-moi votre pouls. Allons donc, que l’on batte comme il faut. Ah! je vous ferai bien aller comme vous devez. Ouais!1 ce pouls-là fait l’impertinent; je vois bien que vous ne me connaissez pas encore. Qui est votre médecin?
ARGAN : Monsieur Purgon.
TOINETTE : Cet homme-là n’est point écrit sur mes tablettes entre les grands médecins. De quoi dit-il que vous êtes malade?
ARGAN : Il dit que c’est du foie, et d’autres disent que c’est de la rate.
TOINETTE : Ce sont tous des ignorants. C’est du poumon que vous êtes malade.
ARGAN : Du poumon?
TOINETTE : Oui. Que sentez-vous?
ARGAN : Je sens de temps en temps des douleurs de tête.
TOINETTE : Justement, le poumon.
ARGAN : Il me semble parfois que j’ai un voile devant les yeux.
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : J’ai quelquefois des maux de cœur.
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : Je sens parfois des lassitudes par tous les membres.
TOINETTE : Le poumon.
ARGAN : Et quelquefois il me prend des douleurs dans le ventre, comme si c’étaient des coliques.
TOINETTE Le poumon. Vous avez appétit à ce que vous mangez ?
ARGAN.- Oui, Monsieur.
TOINETTE.- Le poumon. Vous aimez à boire un peu de vin ?
ARGAN.- Oui, Monsieur.
TOINETTE.- Le poumon. Il vous prend un petit sommeil après le repas, et vous êtes bien aise de dormir ?
ARGAN.- Oui, Monsieur.
TOINETTE.- Le poumon, le poumon, vous dis-je. Que vous ordonne votre médecin pour votre nourriture ?
ARGAN.- Il m’ordonne du potage.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- De la volaille.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- Du veau.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- Des bouillons.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- Des œufs frais.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- Et le soir de petits pruneaux pour lâcher le ventre.
TOINETTE.- Ignorant.
ARGAN.- Et surtout de boire mon vin fort trempé.
TOINETTE.- Ignorantus, ignoranta, ignorantum. Il faut boire votre vin pur ; et pour épaissir votre sang qui est trop subtil, il faut manger de bon gros bœuf, de bon gros porc, de bon fromage de Hollande, du gruau2 et du riz, et des marrons et des oublies3, pour coller et conglutiner. Votre médecin est une bête. Je veux vous en envoyer un de ma main, et je viendrai vous voir de temps en temps, tandis que je serai en cette ville.
ARGAN.- Vous m’obligez beaucoup.
TOINETTE.- Que diantre faites-vous de ce bras-là ?
ARGAN.- Comment ?
TOINETTE.- Voilà un bras que je me ferais couper tout à l’heure, si j’étais que de vous.
ARGAN.- Et pourquoi ?
TOINETTE.- Ne voyez-vous pas qu’il tire à soi toute la nourriture, et qu’il empêche ce côté-là de profiter ?
ARGAN.- Oui, mais j’ai besoin de mon bras.
TOINETTE.- Vous avez là aussi un œil droit que je me ferais crever, si j’étais en votre place.
ARGAN.- Crever un œil ?
TOINETTE.- Ne voyez-vous pas qu’il incommode l’autre, et lui dérobe sa nourriture ? Croyez-moi, faites-vous-le crever au plus tôt, vous en verrez plus clair de l’œil gauche.
ARGAN.- Cela n’est pas pressé.
TOINETTE.- Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt, mais il faut que je me trouve à une grande consultation qui se doit faire, pour un homme qui mourut hier.
ARGAN.- Pour un homme qui mourut hier ?
TOINETTE.- Oui, pour aviser, et voir ce qu’il aurait fallu lui faire pour le guérir. Jusqu’au revoir.
ARGAN.- Vous savez que les malades ne reconduisent point.
BÉRALDE.- Voilà un médecin vraiment, qui paraît fort habile.
ARGAN.- Oui, mais il va un peu bien vite.
BÉRALDE.- Tous les grands médecins sont comme cela.
ARGAN.- Me couper un bras, et me crever un œil, afin que l’autre se porte mieux ? J’aime bien mieux qu’il ne se porte pas si bien. La belle opération, de me rendre borgne et manchot !
Dans cette scène, Toinette se montre comme un adjuvant pour son maître Argan, elle veut lui rendre service en l’éclairant sur la vérité des médecins. Elle ne peut cependant pas s’empêcher de rendre Argan ridicule également. Molière cherche ici à critiquer les hypocondriaques par le biais d’Argan et dénonce les médecins abusifs à travers le jeu de Toinette.
Comment Molière, en utilisant le personnage de Toinette, construit-il sa critique des médecins dans cette scène du Malade imaginaire ?
Toinette parodie le discours des médecins dans cette scène. -> Parodie : imitation moqueuse. Toinette reprend le langage du médecin en utilisant le latin, elle adopte les pratiques du médecin (déroulé d’une auscultation), donne des ordres, dénigre ses confrères, etc.
La parodie participe du registre satirique :
Procédé : caricature, parodie, moquerie.
Effet recherché : dénoncer des personnes, visée argumentative.
Le procédé de mise en abyme (représenter une œuvre dans une œuvre, théâtre dans le théâtre, vache qui rit), qui se met en place accentue le ridicule d’Argan puisque le public est complice du jeu de la domestique.
Cette scène du Malade imaginaire est une satire, une critique, virulente et moqueuse des médecins qui abusent de leurs patients. Molière se sert de l’intelligence de Toinette, un personnage de valet, pour mettre en scène un faux médecin. La naïveté d’Argan demeure, mais la mise en abyme est efficace pour dénoncer les pratiques abusives.
Dès qu’il le peut, Harpagon se précipite dans son jardin pour vérifier que les dix mille écus qu’il a enterré y sont toujours. Mais voilà qu’il arrive en hurlant sur scène : on lui a volé son trésor !
HARPAGON : (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.) – Au voleur ! Au voleur ! A l’assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être ? Qu’est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N’est-il point là ? N’est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin… (il se prend lui-même le bras.) Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami ! On m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n’ ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh ? Que dites-vous ? Ce n’est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure ; et l’on a choisi justement le temps que je parlois à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute la maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu’on parle là ? De celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part sans doute au vol que l’on m’a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.
En quoi cette scène de monologue d’Harpagon parvient-elle à dénoncer le vice de l’avarice par le rire ?
Différents axes de lecture possibles :
La folie du personnage (exclamations, phrases nominales, rythme, didascalie, questions rhétoriques + perte identité + champ lexical mort)
Les éléments de comique (geste, situation, mots – oxymore, personnification de l’argent)
La satire de l’avarice (soupçons, accusations, différents états).
-> Molière, dans ce texte, met en avant le caractère exagéré de l’avarice d’Harpagon qui est sujet à la folie à cause de son amour pour l’argent. Sa folie suscite le rire chez le spectateur et le personnage est tellement fou qu’il va jusqu’à dépasser le quatrième mur et briser l’illusion théâtrale. Il associe son argent à son amour, il souhaite la mort et accuse même le public.
Orgon, riche bourgeois parisien ayant épousé Elmire en seconde noce, prend Tartuffe pour un saint et l’invite sous son toit en prévoyant un mariage arrangé avec sa fille Marianne. À l’inverse de lui, toute la famille se moque de cet hypocrite qui fait semblant d’être un croyant sincère pour en tirer profit. Pendant les deux premiers actes, tout le monde ne parle que de Tartuffe, en bien comme en mal. C’est à l’acte III qu’il se montre enfin aux yeux du public.
TARTUFFE, LAURENT, DORINE.
TARTUFFE, apercevant Dorine.
Laurent, serrez ma haire avec ma discipline,
Et priez que toujours le Ciel vous illumine.
Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers
Des aumônes que j’ai partager les deniers.
DORINE :
Que d’affectation et de forfanterie!
TARTUFFE :
Que voulez-vous?
DORINE :
Vous dire.
TARTUFFE. Il tire un mouchoir de sa poche.
Ah! mon Dieu, je vous prie,
Avant que de parler prenez-moi ce mouchoir.
DORINE :
Comment?
TARTUFFE :
Couvrez ce sein que je ne saurais voir:
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées.
DORINE :
Vous êtes donc bien tendre à la tentation,
Et la chair sur vos sens fait grande impression!
Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte:
Mais à convoiter, moi, je ne suis pas si prompte,
Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas.
TARTUFFE :
Mettez dans vos discours un peu de modestie,
Ou je vais sur-le-champ vous quitter la partie.
DORINE :
Non, non, c’est moi qui vais vous laisser en repos,
Et je n’ai seulement qu’à vous dire deux mots.
Madame va venir dans cette salle basse,
Et d’un mot d’entretien vous demande la grâce.
TARTUFFE :
Hélas! très volontiers.
DORINE, en soi-même.
Comme il se radoucit!
Ma foi, je suis toujours pour ce que j’en ai dit.
TARTUFFE :
Viendra-t-elle bientôt?
DORINE :
Je l’entends, ce me semble.
Oui, c’est elle en personne, et je vous laisse ensemble.
I/ Contexte historique :
Au XVIIème siècle, la société est répartie en trois groupes : la Noblesse et le Clergé qui dominent le Tiers-Etat. Les dévots, personnes pieuses et religieuses, sont toujours présents à la Cour où ils critiquent le libertinage des mœurs, le luxe, les fêtes, la politique de prestige et même la politique extérieure du royaume. Le roi, Louis XIV, mène une vie tumultueuse, mais la période subit un contexte de guerre religieuse face à la monté des jansénistes. Il rend un grand Archevêque de Paris responsable pour gérer ces problèmes de religion. Tartuffe est représenté et tout de suite interdite de représentation de la pièce en raison de sa critique de la religion trop forte.
II/ Comment Molière met-il en place une critique des faux-dévots dans son texte ?
Tartuffe arrive à l’acte III, ce qui signifie que le spectateur a déjà entendu parler de lui pendant les deux premiers actes. Il est complice et connaît l’identité hypocrite du personnage.
Dans cette scène, Tartuffe se ridiculise dès son entrée en scène par ses éxagérations. Il adopte un comportement très pieu mais le public comme Dorine ne sont pas dupes. Il se trahit lui-même avec son comportement abusif : « cachez ce sein que je ne saurais voir ». Son malaise face au décolleté de Dorine exprime qu’il est sensible aux charmes féminins, ce qui s’oppose à ce qu’on peut attendre d’un homme de religion. De plus, la nouvelle qu’apporte Dorine le change, il se montre excité à l’idée de rencontrer Elmire, la femme du maître de maison : « Hélas! très volontiers. »
Dorine, elle, se montre maline. Elle fait preuve de tact et d’ironie et joue avec Tartuffe et avec son public, elle lui fait souvent des clins d’oeil : « Comme il se radoucit! ».
-> Molière ridiculise Tartuffe sur scène par son comportement ainsi que par l’intelligence de Dorine qui joue avec lui. Mais cela va plus loin puisque le public connaît déjà Tartuffe depuis le début de la pièce, sous toutes ses formes : c’est la magie du théâtre et de sa double énonciation.
Tartuffe est ridicule, faible, et se montre comme un mauvais acteur incapable de duper. Il est perdu dès son apparition sur scène, alors qu’il pourrait être méchant et machiavélique.
Le texte que nous pouvons lire aujourd’hui attaque déjà de manière assez forte les faux-dévôts, mais il faut savoir que ce texte actuel correspond à la version améliorer et réajustée de Molière après cinq années de remaniement des suites de l’interdiction de représentation par Louis XIV.
Chers élèves, comme promis, mais avec un peu de retard (veuillez m’excuser), voici la liste des trente poèmes qu’il faut absolument avoir lu dans la section « Spleen et Idéal » du recueil pour bien comprendre l’imaginaire et la sensibilité de Baudelaire.
1. I/ Bénédiction
2. II/ L’albatros
3. III/ Élévation
4. IV/ Correspondances
5. VII/ Les Phares
6. VIII/ La Muse malade
7. XV/ Don Juan aux enfers
8. XVII/ La Beauté
9. XVIII/ L’Idéal
10. XXI/ Hymne à la beauté
11. XXII/ Parfum exotique
12. XXIII/ La Chevelure
13. XXVI/ Sed non satiata
14. XXVIII/ Le Serpent qui danse
15. XXIX/ Une Charogne
16. XXXIV/ Le Chat
17. XXXVIII/ Un Fantôme
18. XLIII/ Le Flambeau vivant
19. XLIV/ Réversibilité
20. XLVII/ Harmonie du soir
21. XLIX/ Le Poison
22. LIII/ L’Invitation au voyage
23. LXV/ Tristesses de la lune
24. LXVI/ Les Chats
25. LXIX/ La Musique
26. LXXII/ Le Mort joyeux
27. LXXV/ Spleen
1. Pluviôse, irritée…
2. J’ai plus de souvenirs…
3. Je suis comme le roi…
4. Quand le ciel bas et lourd…
28. LXXXI/ Alchimie de la douleur
29. LXXXIII/ L’Héautontimorouménos
30. LXXXV/ L’Horloge
Je vous souhaite une belle lecture de ce magnifique recueil et espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à la lecture de ces vers. N’hésitez pas à mettre en oeuvre votre anthologie en même temps que votre découverte de l’oeuvre.
Dévoré par la culpabilité et écrasé sous le poids de la honte et du mensonge qui concerne son frère et sa mère; Pierre préfère s’exclure du cercle familial. Pierre et Jean se clos sur le départ du fils ainé qui a décidé de s’engager en tant que médecin de bord sur le transatlantique nommé La Lorraine. Un contraste fort se marque face au destin heureux de son jeune frère, Jean, enrichi et futur époux de Mme Rosémilly.
Haut comme une montagne et rapide comme un train, le navire, maintenant, passait presque à toucher la Perle. Et Mme Roland éperdue, affolée, tendit les bras vers lui, et elle vit son fils, son fils Pierre, coiffé de sa casquette galonnée, qui lui jetait à deux mains des baisers d’adieu. Mais il s’en allait, il fuyait, disparaissait, devenu déjà tout petit, effacé comme une tache imperceptible sur le gigantesque bâtiment. Elle s’efforçait de le reconnaître encore et ne le distinguait plus.
Jean lui avait pris la main.
« Tu as vu ? dit-il.
– Oui, j’ai vu. Comme il est bon ! » Et on retourna vers la ville.
« Cristi ! ça va vite », déclarait Roland avec une conviction enthousiaste.
Le paquebot, en effet, diminuait de seconde en seconde comme s’il eût fondu dans l’Océan. Mme Roland tournée vers lui le regardait s’enfoncer à l’horizon vers une terre inconnue, à l’autre bout du monde. Sur ce bateau que rien ne pouvait arrêter, sur ce bateau qu’elle n’apercevrait plus tout à l’heure, était son fils, son pauvre fils. Et il lui semblait que la moitié de son cœur s’en allait avec lui, il lui semblait aussi que sa vie était finie, il lui semblait encore qu’elle ne reverrait jamais plus son enfant.
« Pourquoi pleures-tu, demanda son mari, puisqu’il sera de retour avant un mois ? » Elle balbutia :
« Je ne sais pas. Je pleure parce que j’ai mal. » Lorsqu’ils furent revenus à terre, Beausire les quitta tout de suite pour aller déjeuner chez un ami. Alors Jean partit en avant avec Mme Rosémilly, et Roland dit à sa femme :
« Il a une belle tournure, tout de même, notre Jean.
– Oui », répondit la mère.
Et comme elle avait l’âme trop troublée pour songer à ce qu’elle disait, elle ajouta :
« Je suis bien heureuse qu’il épouse Mme Rosémilly. » Le bonhomme fut stupéfait :
« Ah bah ! Comment ? Il va épouser Mme Rosémilly ?
-Mais oui. Nous comptions te demander ton avis aujourd’hui même.
– Tiens ! Tiens ! Y a-t-il longtemps qu’il est question de cette affaire-là ?
– Oh ! non. Depuis quelques jours seulement. Jean voulait être sûr d’être agréé par elle avant de te consulter. » Roland se frottait les mains :
« Très bien, très bien. C’est parfait. Moi je l’approuve absolument. » Comme ils allaient quitter le quai et prendre le boulevard François-Ier, sa femme se retourna encore une fois pour jeter un dernier regard sur la haute mer ; mais elle ne vit plus rien qu’une petite fumée grise, si lointaine, si légère qu’elle avait l’air d’un peu de brume.
Quel regard sur le réel cette fin de roman donne-t-elle ?
I/ Des similitudes avec l’incipit :
Incipit :
5 personnages dans le bateau (avec Pierre) / La perle / Naïveté + grossièreté du père / joie de la mère
Excipit :
4 personnages dans le bateau (Pierre au loin, exclu cercle familial) / La perle / Naïveté + grossièreté du père / tristesse de la mère
-> Les nombreuses similitudes montrent qu’à la fin du roman, la boucle est bouclée. On retrouve au même endroit les mêmes personnages, rien ne semble avoir changé, mis à par que Pierre, l’aîné, est exclu du cercle familial et tout redevient comme avant. On peut donc se demander quel sens donner à cette histoire.
II/ Une morale pour Pierre et Jean?
Après réflexion, il est difficile d’établir une morale pour Pierre et Jean. Certains esprits fins auront trouvé la morale suivante : Toute vérité n’est pas bonne à dire, ce qui est judicieux! Mais on constate tout de même qu’il s’agit d’une morale immorale pourrait-on dire. En effet, elle n’encourage pas les hommes à avoir un bon comportement.
En vérité, le narrateur, dans cette fin de roman, tient un double discours : il est ironique. On le remarque grâce aux nombreuses exagérations présentes dans l’extrait. Les hyperboles sont des procédés qui peuvent servir l’ironie et on peut soulever les suivantes :
La comparaison de La Lorraine, « Haut comme une montagne et rapide comme un train »
La figure d’opposition dans la phrase « effacé comme une tache imperceptible sur le gigantesque bâtiment »
La répétition, qui fait figure d’insistance, avec l’ajout de l’adjectif : « son fils, son pauvre fils »
Dans la phrase : « Et il lui semblait que la moitié de son cœur s’en allait avec lui, il lui semblait aussi que sa vie était finie, il lui semblait encore qu’elle ne reverrait jamais plus son enfant. » On remarque la répétition, en début de proposition, du même élément : on parle d’anaphore. On peut également aborder la présence de la double négation « jamais plus ».
De nombreux éléments font transpirer le texte du registre pathétique, mais le lecteur sent bien que le discours est double. En effet, cette mère qui semble ce jour là regretter le départ de son fils, n’est-elle pas la même qui a demandé, un chapitre plus tôt, à son fils cadet de faire disparaître ce dernier?
Bilan :
En adoptant une posture ironique sur son texte, Maupassant semble dépasser le réalisme, ou du moins avoir une écriture et un style singulier.
Chers élèves, comme vous me l’avez demandé, veuillez trouver ci-joint le sujet de commentaire composé à faire pendant les vacances qui vous a été distribué lundi 17/02.
Nous avons parlé de La couleur des sentiments, de Kathryn Stockett, plus connu sous le nom de « The help ». Ce roman a été publié en 2009, et le film est sorti au cinéma en 2011. L’histoire se passe dans la petite ville de Jakson dans le Mississippi, dans les années 60. Ce livre parle de trois femmes, deux d’entre elles ont la peau noire et une de peau blanche. Elles vont nouer une incroyable amitié grâce à un livre qu’elles vont créer de façon inégale car en effet, il était mal vu à l’époque que des noirs et des blancs s’entendent bien. Ce livre raconte la vie des bonnes employées dans de riches demeures. À la suite de ce livre, elles vont laisser un message sur l’inégalité. Mes noirs étaient maltraités et n’avaient aucun droits civiques. Saluons ces femmes rebelles qui ont changé les lois et fait cesser cet esclavage d’un autre temps.
La Fondation Abbé-Pierre :
Nous avons décidé de traiter le sujet des inégalités de logement.
Nous avons tout d’abord présenté la fondation de l’Abbé Pierre qui a été fondée dans le but de venir en aide aux personnes sans logement et mal logées.
Dans un premier temps, nous avons prit comme exemple une femme et sa petite fille qui représentent la première catégorie. C’est à dire les personnes sans logement.
En second exemple nous avons prit le cas d’une famille de cinq membres habitant dans une espace de 12m carré. Ils représentent la seconde catégorie, c’est à dire les personnes mal logées.
Ce sujet devrait plus souvent être abordé car il nous concerne tous, ou plutôt pourrait tous nous concerner. La perte d’un logement habitable peut nous arriver à tous d’un jour ou l’autre, alors pensons aux personnes à qui s’est arrivé.
La fondation de l’Abbé Pierre attend des dons pour aider toutes ces personnes qui en ont besoin : il faut agir !
Martin Luther King :
Pour résumer notre exposé, il suffit de dire qu’il existe beaucoup d’inégalités dans le monde. Notre groupe a décidé de dénoncer les inégalités entre les noirs et les blancs.
Depuis toujours, cette injustice ronge le cœur des Hommes de plus en plus et de ce fait, influence les générations futures. Un homme en 1963 s’est battu pour que les noirs retrouvent leur honneur et qu’ils soient libres et égaux aux blancs. Ce homme est Martin Luther King, et par notre oral, nous allons lui rendre hommage. En présentant sa vie, ses actions et son but.
IAM :
Nous avons travaillé sur la chanson d’ IAM, « Nés sous la même étoile ». Nous avons décidé de traiter les inégalités citées dans le texte et de les expliquer. Nous parlons aussi des débuts du groupe. Nous nous sommes aidés des paroles sur internet. Nous avons aussi fais écouter la musique à la classe.
Jérémy Ferrari :
Nous avons présenté des extraits du spectacle de Jeremy Ferrari qui traite des inégalités entre les religions et des préjugés que l’on pourrait avoir.
Jeremy Ferrari est une humoriste qui fait de l’humour noir, qu’il faut prendre au 2nd voir au 3ème degré. Cela va sûrement en choquer certains mais c’est le but de ses sketchs.
Dans ses sketchs, il traite des religions, du racisme, de l’antisémitisme, de l’homophobie et de tout les problèmes de société en général. Il fait de l’humour noir pour faire réfléchir les gens, pour montrer que tout le monde pense ce qu’il dit sans se l’avouer. Il dénonce les préjugés sur les religions que l’on a sans vraiment les connaître, on se réfère seulement à des faits uniques qui ont fait la une des journaux. Il se moque des religieux extrémistes et démontre que l’on a une image négative des religions. Au final, quand on rit de ses blagues, c’est un rire jaune, gêné, parce que c’est la vérité, basée sur des faits vrais.
Hunger Games 1 :
The Hunger Games qui veut dire « les jeux de la faim » est un film de science fiction américain écrit et réalisé par Gary Ross. Il est sortie en 2012 au cinéma, ce fut un succès phénoménal. La première semaine il y a eu 509 426 entrées et la dernière il y a eu 50 073 entrées. Il s’agit de l’adaptation d’Hunger Games de Suzanne Collins, premier tome de sa triologie paru en 2008. Dans la saga il y a de nombreux acteurs dont : Jennifer Lawrence dans le rôle de Katniss Everdeen ou encore Josh Hutcherson dans le rôle de Peeta Mellark. Ce sont les deux héros du film, ils vivent dans une Amérique post-apocalyptique sous le nom de Panem dans le district 12 qui est pauvre.
Time Out :
Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut « gagner » du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d’années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d’échapper à la mort. Un homme accusé à tort de meurtre prend la fuite avec une otage qui devient son alliée.
On trouve dans ce film une représentation des inégalités riches / pauvres. Les pauvres ont de moins en moins de temps pour vivre à cause de l’augmentation des prix, ils profitent donc beaucoup plus de la vie mais aussi n’ont souvent pas le temps de faire beaucoup de choses, beaucoup meurent dans les rues du ghettos.
Philadelphia :
Andrew Beckett (Tom Hanks) est un brillant avocat promis à un non moins brillant avenir dans un cabinet renommé. Seulement Andrew est homosexuel et séropositif. Deux éléments de sa vie privée qu’il cache soigneusement à ses collaborateurs. Mais sa maladie devient de plus plus difficile à dissimuler. Des sarcomes de Kaposi, lésions typique du sida, apparaissent un peu partout sur son corps. Il les maquille pour faire illusion. Malgré ses efforts, Andrew est démasqué. La réaction des dirigeants du cabinet ne se fait pas attendre : licenciement pour faute professionnelle. Mais Andrew ne l’entend pas de cette oreille et décide d’attaquer la firme pour licenciement abusif, aidé de Joe Miller (Denzel Washington), un avocat noir et homophobe, qui refusera premièrement de le défendre, puis réalisant qu’il commettrait là une faute professionnelle, accèdera à sa demande. Dans le même temps, le spectateur découvre la vie d’ Andrew… La maladie évolue, dans le même temps que le procès, qui dure longtemps, très longtemps. Trop longtemps pour qu’ Andrew, extrêmement affaibli, puisse assister à la fin. Il recevra le verdict sur son lit d’hôpital : il a gagné.
Si nous avons choisi ce film comme support de dénonciation d’inégalités, c’est parce qu’ au-delà l’oeuvre cinématographique, Philadelphia nous montre qu’il suffit de peu pour passer du tout au rien, lorsqu’on est différent : on le voit dans l’histoire, Andrew a toutes les qualités pour exercer un métier qu’il aime, et au rang qu’il mérite, seulement il n’est pas comme tout le monde, et pour cela, il perd tout. Si la personne en question était moins talentueuse mais hétérosexuelle et en bonne santé, nul doute qu’elle pourrait occuper un poste haut placé dans l’entreprise. Le fait que le film soit inspiré d’une histoire vraie rajoute à la fois à l’intérêt de l’histoire et, plus profondément, au spectacle de l’incontournable bêtise humaine. Le point de vue du film nous invite à voir combien il est abject de la part des personnes de, selon la définition même du mot « discrimination » dans le dictionnaire : « juger une personne sur son appartenance à un groupe et non sur sa personnalité ». Par tous ses aspects militants, Philadelphia a probablement contribué à faire reculer la discrimination vis-à-vis des personnes séropositives.
Invictus :
Invictus est un film américain de 2009 qui dénonce les inégalités Noirs/ Blancs. Il parle aussi de l’apartheid et bien sur de Nelson Mandela. Il montre que les blancs sont privilégiés par rapport aux noirs. Ce film nous retranscrit l’histoire de la coupe du monde de rugby en 1995 en Afrique du Sud ou l’équipe composée uniquement de blancs mais supportée par un noir, Nelson Mandela, va gagner et le pays tout entier va se soulever pour soutenir cette équipe qui va rassembler tout un pays.
Mais tout cela changera quand Mandela deviendra président ce qui sonnera la fin du régime de l’apartheid mais les inégalités resteront encore fortes.
« Wing$ » de Macklemore :
Nous avons analysé la chanson Wing$ de Macklemore (sortie le 9 octobre 2012) et nous avons souhaité parler dans une première partie des inégalités de culture où Léa a expliqué que les enfants américains veulent ressembler à leurs modèles : souvent une personne célèbre qui fait de la pub pour une marque, un parfums…
Ensuite, Laura a parlé des inégalités entre riches et pauvres. Elle nous a expliqué que les marques n’étaient pas accessible à tous et que les enfants étaient souvent rejetés car ils possédaient de fausses paires de chaussures (Nike dans la chanson de Macklemore). Elle nous a également parlé de l’obsession des marques et du concept ridicule de l’achat de marques.
C’est ensuite Romane qui a développé « un texte » sur la poursuite de l’individu à travers la consommation. Elle nous a expliqué que les chaussures de Macklemore l’obsèdent, le privent de son libre arbitre et l’obligent à consommer (surement une métaphore par rapport à son passage à vide entre 2005 et 2009). Dans une seconde partie nous avons parlé de l’effort (l’impact?) de la chanson sur le monde. Nous avons analysé les procédés d’argumentation et avons conclus que ces inégalités existaient encore. Nous avons démontré que cette chanson a certainement fait évoluer les mentalités mais pas le comportement. Nous espérons que vous avez saisi le message que veut faire passer cette chanson. Ne laissez pas ce dont vous faites usage être la seule chose qui vous représente.
Nelson Mandela :
Nelson Rolihlahla Mandela est né dans l’ancien Bantoustan, en Afrique du Sud. Son père était l’un des chefs de l’ethnie Xhosa. Après avoir obtenu un diplôme en droit en 1942 à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg, il entre à l’ANC (l’African National Congress) qui est alors un parti politique modéré de la bourgeoisie noire.
Avec Oliver Tambo, Nelson Mandela fonde le premier cabinet d’avocats noirs en Afrique du Sud, puis, en mars 1944, crée la Ligue de la jeunesse de l’ANC (Youth League). Au moment où l’apartheid est « officialisé » par le premier ministre sud africain Daniel Malan en 1948, Nelson Mandela et Olivier Tambo parviennent à accéder à la tête de l’ANC avec la Ligue de la jeunesse.
Après plusieurs années de lutte contre l’Apartheid, d’arrestations et de procès, Nelson Mandela est condamné en 1964 avec sept de ses compagnons à la prison à vie pour sabotage, trahison et complot. Durant toute sa captivité, il refuse d’être libéré contre le renoncement public à la lutte anti-apartheid. En 1986 ont lieu des rencontres avec les autorités qui le placent en résidence surveillée à partir de 1988.
Nelson Mandela est finalement libéré le 11 février 1990 après avoir passé 27 ans et demi en prison. Le gouvernement sud africain légalise le Parti communiste et l’ANC dont Mandela devient le président en 1991.
En 1993, avec le président De Klerk, il reçoit le prix Nobel de la paix. Les premières élections pluralistes et multiraciales ont lieu en 1994. L’ANC remporte une très large victoire. La même année, Nelson Mandela est investi Président de l’Afrique du Sud, poste qu’il occupe jusqu’en 1999 pour laisser la place à Thabo Mbeki.
Nelson Mandela crée en 1999 la Fondation Nelson Mandela et se consacre à la lutte contre le sida après la mort de son fils en 2005.
« Same Love » de Macklemore :
Le sujet de notre exposé sur les inégalités avec comme thème l’homosexualité. Pour traiter ce sujet nous avons pris comme support la chanson « Same Love » en français « Même amour » écrite, composée, et interprétée par Macklemore et Rayan Lewis. La chanson a été réalisé en soutient de la loi en faveur du mariage pour tous aux Etats-Unis en 2012. Macklemore s’est engagé à écrire cette chanson lorsque sa mère lui a apporté un article de journal sur le suicide d’un jeune garçon de 13 ans homosexuel. Il a donc décidé de se glisser dans la peau de ce jeune homme aux travers de ses paroles. Dans la chanson il dit bien que même si on le voulait le fait d’être homosexuel ne peut pas changé tout comme le faut d’être hétérosexuel ou bien encore bisexuel. Il dit bien que le plus important dans tout cela c’est que qu’importe la relation le principal c’est qu’on y trouve de l’amour il n’y a aucune différence à faire à ce niveau-là. Nous avions trouvé bon de traité ce sujet car l’homophobie est un phénomène qui est encore très présent au jour d’aujourd’hui et qui est, pour nous, un phénomène très grave. En plus de ça il y a peu de temps que la loi en faveur du mariage pour tous est passé en France donc il était bon d’en reparlé au travers de notre exposé.
Pierre se sent dévoré par un sentiment de jalousie et d’incertitude. Il a cherché conseil auprès d’amis qui ont insinué que Jean n’était pas son frère. Dans le doute, tentant de se remémorer le visage et le comportement de Léon Maréchal, il se rappelle soudainement l’existence d’un petit portrait. Il demande alors à sa mère de le lui présenter, et celle-ci feint de ne pas savoir où il se trouve. A table, c’est M. Roland lui-même qui demande à sa femme d’aller le chercher pour y jeter un oeil.
« Voilà, dit-elle, je l’ai retrouvé presque tout de suite. » Le docteur, le premier, avait tendu la main. Il reçut le portrait, et, d’un peu loin, à bout de bras, l’examina. Puis, sentant bien que sa mère le regardait, il leva lentement les yeux sur son frère, pour comparer. Il faillit dire, emporté par sa violence : « Tiens, cela ressemble à Jean. » S’il n’osa pas prononcer ces redoutables paroles, il manifesta sa pensée par la façon dont il comparait la figure vivante et la figure peinte.
Elles avaient, certes, des signes communs : la même barbe et le même front, mais rien d’assez précis pour permettre de déclarer : « Voilà le père, et voilà le fils. » C’était plutôt un air de famille, une parenté de physionomies qu’anime le même sang. Or, ce qui fut pour Pierre plus décisif encore que cette allure des visages, c’est que sa mère s’était levée, avait tourné le dos et feignait d’enfermer, avec trop de lenteur, le sucre et le cassis dans un placard.
Elle avait compris qu’il savait, ou du moins qu’il soupçonnait !
« Passe-moi donc ça », disait Roland.
Pierre tendit la miniature et son père attira la bougie pour bien voir ; puis il murmura d’une voix attendrie :
« Pauvre garçon ! dire qu’il était comme ça quand nous l’avons connu. Cristi ! comme ça va vite ! Il était joli homme, tout de même, à cette époque, et si plaisant de manières, n’est-ce pas, Louise ? »
Comme sa femme ne répondait pas, il reprit :
« Et quel caractère égal ! Je ne lui ai jamais vu de mauvaise humeur. Voilà, c’est fini, il n’en reste plus rien… que ce qu’il a laissé à Jean. Enfin, on pourra jurer que celui-là s est montré bon ami et fidèle jusqu’au bout. Même en mourant il ne nous a pas oubliés. » Jean, à son tour, tendit le bras pour prendre le portrait. Il le contempla quelques instants, puis avec regret :
« Moi, je ne le reconnais pas du tout. Je ne me le rappelle qu’avec ses cheveux blancs. » Et il rendit la miniature à sa mère. Elle y jeta un regard rapide, vite détourné, qui semblait craintif ; puis de sa voix naturelle :
« Cela t’appartient maintenant, mon Jeannot, puisque tu es son héritier. Nous le porterons dans ton nouvel appartement. » Et comme on entrait au salon, elle posa la miniature sur la cheminée, près de la pendule, où elle était autrefois.
I/ Pierre et Jean, un roman policier?
Le roman policier est un sous-genre du roman. La trame narrative y est fondée sur l’attention d’un fait ou, d’une intrigue, et sur une recherche méthodique faite de preuves, d’indices. On y trouve le plus souvent une enquête policière ou une enquête de détective privé.
Dans Pierre et Jean, le personnage de Pierre tente de découvrir la vérité sur son frère, il mène sa propre enquête. On peut donc se poser la question suivante :
II/ En quoi Pierre a-t-il une posture d’enquêteur dans cet extrait?
Comme un enquêteur, Pierre se met en retrait, il observe le comportement et les réactions des autres personnages, et notamment celles de sa mère : « ce qui fut pour Pierre plus décisif encore que cette allure des visages, c’est que sa mère s’était levée, avait tourné le dos et feignait d’enfermer, avec trop de lenteur, le sucre et le cassis dans un placard ».
Comme un scientifique, il s’attache à comparer l’indice du portrait avec le visage de son frère, à table au même moment : « il leva lentement les yeux sur son frère, pour comparer ». Il en arrive à faire des conclusions, en effet, il remarque « un air de famille, une parenté de physionomies qu’anime le même sang », et il est à la limite de dénoncer violemment sa trouvaille pendant le repas. Le narrateur révèle au lecteur les pensées de Pierre au discours direct : « « Tiens, cela ressemble à Jean. » ».
Pierre soupçonne sa mère et cherche à vérifier ses hypothèses en observant son comportement. Celle-ci, sans le vouloir, se dénonce toute seule en cherchant à bien faire : « Elle avait compris qu’il savait, ou du moins qu’il soupçonnait ! ».
A côté du regard perspicace et suspicieux de Pierre, les autres membres de la famille, sauf la mère, ne réagissent pas du tout. Ironiquement, Jean ne reconnait même pas le visage de Léon Maréchal. La dimension comique de l’extrait se trouve dans le discours du père qui fait l’éloge de son vieil ami : « Et quel caractère égal ! Je ne lui ai jamais vu de mauvaise humeur », ironiquement, en parlant ainsi du défunt, il parle aussi du comportement de son propre fils.
III/ Et le lecteur dans tout cela?
A ce moment du roman, le personnage de Pierre avance de plus en plus dans son enquête : les indices et les preuves tombent de plus en plus, le portrait étant un élément clé de cette recherche. Cependant, étant donné que le narrateur ne nous donne que les informations qui concernent le personnage de Pierre (point de vue interne), le lecteur ne connait pas encore la vérité. On peut ici se demander si Jean est réellement l’enfant d’un adultère ou si les doutes de Pierre sont uniquement les conséquences de sa jalousie.
Et vous, chers élèves lecteurs, pensez-vous que Pierre est sur la bonne piste?
Dans le chapitre précédent, la famille a appris que Jean, le plus jeune frère, héritait de la fortune d’un vieil ami nommé Léon Maréchal. À la suite de cette nouvelle, Pierre quitte le domicile familial pour une promenade nocturne sur le port du Havre, il comprend alors le sentiment qui le ronge : la jalousie.
[…] Sur sa droite, au-dessus de Sainte-Adresse, les deux phares électriques du cap de la Hève, semblables à deux cyclopes monstrueux et jumeaux, jetaient sur la mer leurs longs et puissants retards. Partis des deux foyers voisins, les deux rayons parallèles, pareils aux queues géantes de deux comètes, descendaient, suivant une pente droite et démesurée, du sommet de la côte au fond de l’horizon. Puis sur les deux jetées, deux autres feux, enfants de ces colosses, indiquaient l’entrée du Havre ; et là-bas, de l’autre côté de la Seine, on en voyait d’autres encore, beaucoup d’autres, fixes ou clignotants, à éclats et à éclipses, s’ouvrant et se fermant comme des yeux, les yeux des ports, jaunes, rouges, verts, guettant la mer obscure couverte de navires, les yeux vivants de la terre hospitalière disant, rien que par le mouvement mécanique invariable et régulier de leurs paupières : « C’est moi. Je suis Trouville, je suis Honfleur, je suis la rivière de Pont-Audemer. » Et dominant tous les autres, si haut que, de si loin, on le prenait pour une planète, le phare aérien d’Etouville montrait la route de Rouen, à travers les bancs de sable de l’embouchure du grand fleuve.
Puis sur l’eau profonde, sur l’eau sans limites, plus sombre que le ciel, on croyait voir, ça et là, des étoiles. Elles tremblotaient dans la brume nocturne, petites, proches ou lointaines, blanches, vertes ou rouges aussi. Presque toutes étaient immobiles, quelques-unes, cependant, semblaient courir ; c’étaient les feux des bâtiments à l’ancre attendant la marée prochaine, ou des bâtiments en marche venant chercher un mouillage.
Juste à ce moment la lune se leva derrière la ville ; et elle avait l’air du phare énorme et divin allumé dans le firmament pour guider la flotte infinie des vraies étoiles.
Pierre murmura, presque à haute voix :
« Voilà, et nous nous faisons de la bile pour quatre sous ! » Tout près de lui soudain, dans la tranchée large et noire ouverte entre les jetées, une ombre, une grande ombre fantastique, glissa. S’étant penché sur le parapet de granit, il vit une barque de pêche qui rentrait, sans un bruit de voix, sans un bruit de flot, sans un bruit d’aviron, doucement poussée par sa haute voile brune tendue à la brise du large.
Il pensa : « Si on pouvait vivre là-dessus, comme on serait tranquille, peut-être ! »
Proposition de commentaire composé :
Au XXème siècle, les auteurs comme les peintres, s’attachent, en opposition au romantisme, à représenter le réel sans l’idéaliser. Ils s’inscrivent dans le courant réaliste. Pierre et Jean est un « petit roman » que Maupassant termine en 1888 et qui entre dans les jalons de ce courant littéraire. L’auteur y met en scène deux frères aussi complices que rivaux entre lesquels s’immisce un doute sur la légitimité de la naissance du plus jeune, Jean. Dans cet extrait issu du chapitre II, le personnage de Pierre, l’aîné, se promène seul sur le port du Havre. Il vient d’apprendre que son cadet, Jean, héritait d’une fortune colossale. Alors qu’il s’isole sur le port, Pierre découvre, tout au long de l’extrait, un paysage grandiose et se rend compte des nombreux sentiments qui le tourmentent. Il est jaloux, déçu, et se sent rejeté par les siens. Il convient de se poser la question suivante : Comment ce texte descriptif du port du Havre fait-il référence à l’état d’esprit du personnage de Pierre?
Nous commencerons, dans un premier temps, par nous intéresser à la description et à sa dimension réaliste. Dans un second temps, nous verrons en quoi le paysage qui se dévoile correspond à l’état d’esprit de Pierre.
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Cet extrait du roman, majoritairement descriptif, inscrit le texte dans une tonalité réaliste.
Tout d’abord, on constate clairement qu’il s’agit, dans cet extrait, d’une scène de description, et que cette dernière s’encre dans un univers réaliste. En effet, le temps dominant dans l’extrait est celui de l’imparfait de l’indicatif, en démontre les verbes : « jetaient » (l.2), « descendaient » (l.4), ou encore : « voyait » (l.6). C’est le temps correspondant en règle général au moment de la description. De plus, le texte fait référence à des noms de lieux réels tels que « Sainte-Adresse » et le « cap de la Hève » (l.1), ou encore « Trouville », « Honfleur », « la rivière de Pont-Audemer » (l.10). Ces références font baigner le texte dans le réel, ce qui inscrit le roman dans un cadre réaliste.
L’extrait est descriptif et nous immisce dans la tête du personnage de Pierre. On peut voir que de nombreux éléments indiquent que le narrateur s’est glissé dans l’esprit du protagoniste, c’est un point de vue interne. Les éléments qui structurent le texte nous indiquent que l’on découvre le paysage en suivant le regard du personnage : « Sur sa droite » (l.1) et « Tout près de lui » (l.22). Seul Pierre est présent sur le port, et le narrateur nous fait partager ce qu’il voit et ce qu’il pense ; en démontre la dernière phrase de l’extrait au discours direct : « Il pensa : « Si on pouvait vivre là-dessus, comme on serait tranquille, peut-être! » (l.27). C’est grâce au point de vue interne que le lecteur peut recevoir des informations sur l’état d’esprit de Pierre.
L’extrait étudié est donc une description du port du Havre, elle s’encre, comme on l’a vu, dans un cadre réaliste. Mais on s’aperçoit que cette observation du port du Havre n’est pas anodine.
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En effet, la description permet à l’auteur de nous faire parvenir les émotions du personnage de Pierre. Celles-ci sont retransmises à travers le « paysage état d’âme » qui se déploie sous les yeux du protagoniste et du lecteur.
Même si le cadre est réaliste, on remarque que le texte baigne dans une atmosphère fantastique. L’isotopie (Procédé semblable au champ lexical, on peut faire référence à un plus large choix de termes qui ne sont pas tous de la même nature) du cauchemar englobe le texte du début jusqu’à la fin, on peut relever les termes suivants : « cyclopes monstrueux » (l.2), « mer obscure » (l.8), « eau profonde » et « eau sans limites » (l.14), « tranchée large et noire » et enfin « grande ombre fantastique » (l.23). Dans ce monde fantasmagorique, même les objets ont la parole ; en démontre la prosopopée de la ligne 10 : « C’est moi. Je suis Trouville, je suis Honfleur, je suis la rivière de Pont-Audemer ». Il semble que la vision du personnage soit transformée, fantasmée.
On peut penser que cette atmosphère fantastique et les éléments décrits par Pierre correspondent aux démons intérieurs de ce dernier qui se reflètent, inconsciemment, dans le paysage. La métaphore filée des « cyclopes monstrueux » (l.2) qui apparaît dès le début du texte et qui concerne tout le premier paragraphe. Le narrateur parle de « puissants regards » (l.3), comme si le personnage était jugé ou considéré de haut par ces éléments du décor. De plus, on peut dire que parties du paysage sont personnifiées. Pour les phares, on trouve de nombreuses références aux « yeux, les yeux des ports, jaunes, rouges, verts » (l.8), qualifiés de « vivants » (l.9), et qui nous donnent l’impression que Pierre est observé, jugé par le décor. Les lumières des bateaux, comparées à des étoiles, « [semblent] courir »(l.17). Aussi, le bateau fantôme qui entre dans le port à la fin du texte, la « grande ombre fantastique » (l.23), peut représenter de manière métaphorique le pressentiment de Pierre, le doute qu’il va porter en lui dès la suite de l’extrait sur les origines de son frère.
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Pour conclure, on peut dire que cet extrait du chapitre II de Pierre et Jean montre indirectement mais efficacement l’état d’esprit du personnage de Pierre. En effet, en faisant naître dans un univers réaliste une description du port du Havre, Maupassant parvient avec habileté à nous faire parvenir les ressentis de son personnage et cela en baignant sa description dans le fantastique et le cauchemardesque. Les démons de Pierre sont représentés métaphoriquement et quelques indices sur la suite de l’histoire sont parsemés. C’est également à ce moment du roman que l’on remarque un basculement : le narrateur omniscient du début du récit s’éloigne au profit d’un point de vue interne concentré sur Pierre et son vécu.
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